jeudi 15 mars 2007

LE HARARGUE









Harar est une curiosité naturelle, un cas unique, qui n'a cessé d'exercer son attrait sur les voyageurs.


Renseignés par les premiers récits de voyage sur Harar, les érudits qui vinrent par la suite ne cessèrent de dépeindre Harar comme un îlot culturel urbain isolé et unique, resté indépendant et indifférent aux influences extérieures. C'est un des rares exemples de ville préindustrielle demeurée intacte.


Harar est juchée stratégiquement (1 855 m d'altitude) sur une colline de granit dans l'escarpement oriental de la Vallée du Rift, elle domine la grande plaine désertique du Danakil au nord et les plaines des Somali au sud.


Point de rencontre entre différentes cultures et important carrefour commercial, Harar s'entoura, au 16ème siècle, d'un rempart de pierre d'une hauteur de quatre mètres pour se protéger des raids incessants des peuplades voisines .


L'histoire passionnante de Harar , son renom de quatrième ville sainte de l'Islam, son importance commercial au 19ème siècle et son occupation successive par les Egyptiens, les Italiens et les Amhara, on amené de fortes influences extérieures, attisé la curiosité des voyageurs Européens et favorisé le mélange des différents groupes ethniques,


Déguisé en marchand Européen, Si Richard Burton, célèbre voyageur Anglais, réussit dans les années 1850, ce qu'aucun Européen avant lui n'avait pu faire ; franchir les portes de la cité, jusque-là interdite a tous les non-mulsulmans.



Peu après, les portes naguère fermées laissèrent passer une foule d'Européens, attirés avant tout par le commerce.

Parmi eux se trouvait Alfred Bardey, négociant Français établi à Aden (Yémen), qui publia plusieurs ouvrages détaillés sur l'architecture, le commerce, les traditions, la population et l'histoire de Harar.



Dans les années 1880, Bardey engagea un autre jeune Français, un poète, pour le représenter à Harar. Son nom était … Arthur Rimbaud (1854/1891).


Commerçant il développait une idée nouvelle par jour mais malgré le soutien qu'Alfred Ilg, conseiller de Ménélik lui apporta, il ne fit pas fortune. Il mourut prématurément le 10 Novembre 1891 dans un hôpital de Marseille suite à l'amputation d'une jambe.




D'ou provient la population distincte de Harar ? Quelle est son origine ? Dans leur langue, Harar s'appelle simplement ge "la ville". Les ge usu ou "gens de la ville" parlent une langue sémitique.


La légende qui entoure Au Abadir 'littéralement Père Abadir) le saint patron de Harar, laisse supposer que ce cheik Musulman est venu dans la région de Harar depuis l'Arabie vers 940/950 après J.C. Il passe pour avoir unifié et converti à l'Islam une grande partie des tribus établies autour d'Harar.


Pendant deux siècles Chrétiens et Musulmans se sont livré bataille. Cependant, si les rois Chrétiens finirent par vaincre les sultans d'Adal à Aoussa dans le désert Afar, ils ne purent jamais s'emparer d'Harar.


C'est au 16ème siècle qu'un jihad historique fut lancé de Harar conduit par Ahmed-ibn al Ghazi, plus connu sous le nom du Gragn (le Gaucher). Celui-ci fut si efficace que le jihad menaça pendant quinze la survie même du royaume Chrétien.


La campagne prit fin de façon tragique en 1543 lorsque le Gragn fut tué et son armée repoussée dans l'Harar, puis dans le désert. L'émir Nur-ibn-Mujahid (1551/1568) est le bâtisseur de la fameuse muraille érigée pour défendre la ville.


A la tête de l'armée Egyptienne Rauf Pasha s'empara de Zeila et de Berbera, les deux portes dont dépendait le commerce Harari. L'émir Muhammed, souverain de Harar, vit peu de raisons de s'opposer à l'occupation de la ville qui s'ensuivit en 1875.


Malgré des impôts massifs prélevés sur la population locale, le trésor Egyptien ne pouvait maintenir des troupes à Harar ce qui, joint à l'occupation de l'Egypte par les Britanniques, conduisit au retrait total des troupes Egyptiennes de l'Ethiopie.





Le vide créé par l'exode des Egyptiens et le climat général d'insécurité qui prévalait alors encouragèrent Ménélik II à s'emparer de cette importante métropole commerciale dans le cadre de sa campagne d'expansion territoriale et d'unification politique.

A la bataille de Chelenko, les troupes de Ménélik fortes de 20 000 hommes défirent facilement les 3 000 fantassins ge usu mis sur pied par l'émir Abdullahai. Le sol de terre des maisons traditionnelles ge usu est peint en rouge, en mémoire du sang versé au cours de cette bataille décisive.
Ménélik II entra en vainqueur dans la ville en Janvier 1887. Pour la première fois, la cité Musulmane était rattaché à l'empire Chrétien. Ménélik nomma son cousin Balambaras, le père d'Haile Sélassié, qui prit ensuite le titre de Ras Makonnen Welda-Mikael, gouverneur de la nouvelle province Ethiopienne.
L'économie locale connut un bel essor et de nombreux travaux publics virent le jour. La fin de l'émirat fut symbolisée par la destruction de la principale mosquée de la ville et par l'érection, à sa place d'une grande église Chrétienne, la Medhane Alem construite d'après les plans d'un architecte Italien, Luigi Robecchi-Bricchetti.

Hormis la grande église plusieurs nouveaux bâtiments publics furent construits dont une prison, un hôtel et l'hôpital Ras Makonnen, qui fut acheté par les Français en 1902. La même année des missionnaire Français construisirent une léproserie juste en dehors des murs de la ville.
En 1906, une école et une succursale de la Banque d'Abyssinie virent le jour. La poste, le télégraphe et le téléphone furent installés à Harar, grâce à la requête de Ménélique II auprès des ingénieurs du chemin de fer, sans quoi le souverain menaçait de couper la ville du reste du monde.

La réputation de Harar comme ville sainte, patrie de saints et centre d'enseignement Islamique suscite encore une grande admiration et un grand respect parmi les Musulmans. Harar abrite 99 mosquées et plus de 300 sanctuaires consacrés à des saints Musulmans. La mosquée Jami, la plus ancienne a 900 ans, malgré son apparence faussement moderne, due à une restauration du 19ème siècle.





La cité ancienne d'Harar est congestionnée, ce qui rend difficile le développement d'infrastructures modernes comme les canalisations et l'accès aux véhicules. Traditionnellement alors que les Portes de la ville étaient fermées, l'écoulement des eaux se faisaient par des trous percés à travers le mur d'enceinte.


Ces trous étaient assez étroits pour interdire le passage à tout intrus, à l'exception des hyènes, d’où le nom de Waraba Nabule ou "Trous de hyène" qui leur a été donné. Plutôt que de constituer une présence menaçante, les hyènes étaient bienvenue.


De nombreux témoignages rapportent comment les hyènes constituaient à Harar un système d'assainissement efficace. Les détritus abandonnés au-dehors pendant la nuit étaient "ramassés" avant l'aube.

L'une des attractions les plus spectaculaire de Harar est le "Repas" servi chaque soir aux hyènes qui foisonnent dans les environs de la ville. A la nuit tombée, un homme issu d'une lignée traditionnelle dévolue a cet exercice lance un appel.



Bientôt les cris caractéristiques de ces redoutables carnassiers se font entendre et des yeux luisants apparaissent dans la pénombre que l'on sent grouiller d'une véritable meute.


L'animal dominant s'approche avec prudence et se saisit du morceau de viande que lui présente l'homme au bout d'un bâton ou qu'il tient parfois même dans sa proche bouche. A sa suite et à l'appel de leur nom, les autres hyènes viennent prendre part au festin, dans un concert d'os brisés et de ricanements.

Ce spectacle, certe intimidant permet d'apprécier la puissance impressionnante de la mâchoire de ces prédateurs pouvant peser 80 kg. Plus qu'une simple attraction touristique, ce cérémonial se confond avec l'histoire même de la ville.


Une légende rapporte que lors d'une famine particulièrement tenace affligeant hommes et bêtes, les habitants d'Harar redoutèrent de devenir la proie des hyènes que la faim poussait jusqu'au cœur de la ville. Pour rétablir l'harmonie, un homme inspiré de Dieu entreprit de nourrir les hyènes pour les maintenir hors de la cité. Depuis lors, ce pacte de bon voisinage n'a cessé d'être renouvelé.


















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